
“Si nous ne veillons pas à ce que ces grands consommateurs d’énergie respectent bel et bien nos objectifs généraux [...] ils risquent alors de compromettre notre capacité à atteindre nos propres objectifs”, avait alors déclaré Dan Jørgensen, le commissaire européen chargé de l’Energie, dans une interview accordée à POLITICO.
Selon les chiffres de la Commission, les centres de données européens ont consommé 20,7 térawattheures d’électricité — soit à peu près autant que la consommation totale de la Croatie — et plus de 8 millions de mètres cubes d’eau en 2025. Cela représente une augmentation de 26% de la consommation d’électricité et de 52% de la consommation d’eau par rapport à 2024.
Mais ces chiffres ne reflètent pas complètement l’utilisation réelle du secteur, car ils résultent de données incomplètes recueillies par l’exécutif européen. Ces données n’ont été publiées que sous forme agrégée, conformément à une loi de 2024 interdisant à Bruxelles et aux Etats membres de divulguer “toutes les informations et tous les indicateurs clés de performance relatifs à chaque centre de données”, après un lobbying des géants de la tech, qui invoquaient des intérêts commerciaux.
Diego Solier, un député européen conservateur qui travaille au projet de législation européenne visant à renforcer les capacités numériques du continent, considère que l’expansion des en Europe doit s’accompagner d’informations fiables destinées aux citoyens et aux décideurs politiques concernant la consommation d’énergie et d’eau.
“La transparence devrait être le point de départ”, a estimé Diego Solier, qui n’a pas souhaité s’exprimer sur la plainte elle-même — elle n’avait pas encore été rendue publique. “En même temps, la transparence doit être proportionnée et ne devrait pas obliger les entreprises à divulguer des informations vraiment sensibles sur le plan commercial.”
Le droit de savoir
Selon Lighthouse Reports, la Commission “porte la responsabilité principale [d’avoir] empêché le public de prendre connaissance des effets de l’expansion massive des centres de données en Europe”, en permettant aux opérateurs de garder secrets les détails de leur consommation et d’échapper ainsi à tout droit de regard — en violation de la Convention d’Aarhus, ratifiée par l’UE en 2005.